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  • N’avez-vous jamais rêvé d’être la petite souris qui, cachée dans un coin de l’atelier de l’écrivain, observait discrètement celui-ci au travail ? On a tenté, dans cette exposition dont ce site est une version en ligne, de reconstituer un de ces ateliers à l’aide d’archives de toute sorte : l’atelier de l’Oulipo.

    OULIPO ? Qu'est ceci ? Qu'est cela ?
    Qu'est-ce que OU ? Qu'est-ce que LI ? Qu'est-ce que PO ?
    OU c'est OUVROIR, un atelier. Pour fabriquer quoi ? De la LI.
    LI c'est la LIITERATURE, ce qu'on lit et ce qu'on rature. Quelle sorte de LI ? La LIPO.
    PO signifie POTENTIEL. De la littérature en quantité illimitée, potentiellement productible jusqu'à la fin des temps, en quantités énormes, infinies pour toutes fins pratiques.
    QUI ? Autrement dit qui est responsable de cette entreprise insensée ? Raymond Queneau, dit RQ, un des pères fondateurs, et François Le Lionnais, dit FLL, co-père et compère fondateur, et premier président du groupe, son Fraisident-Pondateur.
    Que font les OULIPIENS, les membres de l'OULIPO (Calvino, Perec, Marcel Duchamp, et autres, mathématiciens et littérateurs, littérateurs-mathématiciens, et mathématiciens-littérateurs) ? Ils travaillent.
    Certes, mais à QUOI ? A faire avancer la LIPO.
    Certes, mais COMMENT ?
    En inventant des contraintes. Des contraintes nouvelles et anciennes, difficiles et moins diiffficiles et trop diiffiiciiiles. La Littérature Oulipienne est une LITTERATURE SOUS CONTRAINTES.
    Et un AUTEUR oulipien, c'est quoi ? C'est "un rat qui construit lui-même le labyrinthe dont il se propose de sortir".
    Un labyrinthe de quoi ? De mots, de sons, de phrases, de paragraphes, de chapitres, de livres, de bibliothèques, de prose, de poésie, et tout ça...

  • (Marcel Bénabou et Jacques Roubaud, « Qu’est-ce que l’Oulipo ? »)
  • Fondé en novembre 1960, dans la cave d’un restaurant au cœur du quartier latin, le groupe vient de célébrer ses cinquante ans d’existence – une longévité rarissime dans l’histoire mouvementée des avant-gardes du XXe siècle. Les premières années, placées sous le signe de la discrétion, furent aussi celles de l’élaboration des idées principales, comme la potentialité, la contrainte librement imposée, ou encore celle de l’utilisation, dans la littérature, des structures issues d’autres domaines, en particulier les mathématiques et les jeux. Ces années furent aussi celles de la mise en place des principes de fonctionnement du groupe : réunions mensuelles, convocations et leur coupon-réponse, rédaction des comptes rendus versés aux archives, cooptations de nouveaux membres...
  • Les années 1970-1980 furent celles de l’expansion, à la fois géographique et culturelle :
    le groupe recruta quelques jeunes membres prometteurs, parmi lesquels des « correspon-
    dants étrangers » (l’italien Italo Calvino, par exemple, et l’américain Harry Mathews), qui ne déçurent pas en prouvant, par leurs livres mêmes, que la contrainte pouvait être à la base de chefs d’œuvre. On verra ici quelques exemplaires des traductions multiples de La Disparition, le célèbre livre écrit par Perec sans « e » (1969), ainsi que des notes préparatoires à La Vie mode d’emploi, un roman-monde sous contrainte, du même Perec,
    à l’architecture vertigineuse. On verra aussi que l’Oulipo a autant exploré la forme du livre (les Cent mille milliards de poèmes) qu’il a inspiré artistes et illustrateurs (Cuchi White, Gaëlle Pélachaud, Massin).
  • Enfin, les années 1980 jusqu’à nos jours sont celles du développement des ateliers d’écriture et de la rencontre avec le public. Les travaux de l’Oulipo commencent à se faire connaître, surtout en Italie et aux Etats-Unis, où un certain nombre de poètes pratiquant l’art conceptuel se retrouvent dans les jeux avec la contrainte. Des groupes « cousins » font leur apparition, dans d’autres disciplines (les peintres de l’OuPeinPo en 1980), ou dans d’autres langues (les italiens de l’Oplepo en 1990)...
  • Il est impossible de résumer cinquante ans d’histoire en quelques pièces. J’espère simplement que cette exposition donnera envie, à ceux qui ne connaissent pas du tout l’Oulipo, d’aller lire ces textes étonnants afin d’en savoir plus, et qu’elle éclairera ceux qui connaissent déjà le groupe, sur l’envers de son décor, ces « à-côtés » de l’histoire qui, mis bout à bout, analysés, et commentés, finissent par faire aussi l’histoire.
  • Camille Bloomfield, commissaire de l’exposition
  • Remerciements : Rachel Good et Christopher Kelly, du Karpeles Manuscript Library Museums, pour l’aide à la réalisation du projet ; Jean-Jacques Thomas et la Melodia E. Jones Chair pour avoir permis qu’il ait lieu ; Virginie Tahar pour sa participation efficace à la préparation des pièces et des notices ; Lily Robert-Foley pour la traduction des textes ; Marcel Bénabou, Paul Fournel, et les membres de l’Oupeinpo pour leur précieuse collaboration.